Cybersécurité, souveraineté et dépendance : réflexions sur un virage stratégique inévitable
Depuis quelques mois, une question s’impose avec une acuité croissante : sommes-nous réellement préparés à faire face à un monde numérique fragmenté, où les lignes géopolitiques redéfinissent nos choix technologiques ?
Le temps de l’attentisme touche à sa fin
Dans mon environnement (restreint mais hétérogène), nombreuses sont encore les structures qui n’ont pris aucune mesure concrète face à la montée du protectionnisme numérique — parfois par manque de ressources, parfois parce qu’elle pense encore avoir le temps.
C’est une position justifiable: dans une PME, les cycles de décision sont courts, les priorités dictées par la survie et la croissance.
Dans les grands groupes, les accords sont souvent historiques et dictés par d'autres éléments que je ne saurais percevoir mais qui peuvent être lié à des décisions simplement technologique (quel prestataire peut gérer des centaines de PB de données ?), politique (lors de la construction de partenariats stratégiques) ou encore juridique (pour l'accès à certains marchés).
Toutefois, reporter la réflexion stratégique, c’est prendre le risque de se retrouver dépendant de solutions qu’on ne maîtrise plus, ni sur le plan technologique, ni sur le plan juridique ou politique.
Une prise de conscience qui s’installe
Ce que l'on peut constater toutefois, c’est une inflexion.
L’idée que nos choix technologiques doivent s’aligner avec des enjeux de souveraineté ne relève plus du débat académique.
Elle devient un paramètre de pilotage. Dans les appels d’offres, la préférence pour des solutions européennes, voire françaises, n’est plus implicite : elle est explicite, parfois quantifiée dans les grilles de notation.
Les clients commencent à poser des questions sur l’origine des prestataires cloud, sur la localisation des données (plus sur la raison des choix que sur les obligations réglementaires lié au RGPD par exemple) ou sur le degré de dépendance aux GAFAM.
Ce n’est plus une posture idéologique, cela devient une exigence contractuelle.
Repenser nos dépendances
Il est intéressant de revisiter nos choix de solutions, notamment dans le domaine de la cybersécurité.
Même si les outils américains conservent une avance fonctionnelle dans certains domaines, l’écosystème européen progresse. Des alternatives crédibles émergent, surtout sur les couches d’infrastructure ou les outils de sécurité périmétrique.
De même, la démocratisation de l'open source dans les solutions de sécurité permet d'envisager des infrastructures gérées en interne ou au moins son infogérance, établie ou produite, par la disponibilité de la documentation et de communautés actives.
Le vrai enjeu reste l’intégration : passer d’un outil américain dominant à une brique européenne impose un travail d’architecture, de compatibilité, de formation.
Un plan d’action à construire, brique par brique
Aujourd’hui, on ne peux prétendre avoir atteint une souveraineté numérique idéale — ce serait illusoire. Mais il est possible de ne plus subir.
Cela passe par des choix pragmatiques : diversifier les fournisseurs, introduire des critères de souveraineté dans les achats, documenter les risques géopolitiques dans les analyses de sécurité, former les équipes à ces enjeux.
Et pour la partie technique, remettre au centre de la décision le concept de vendor lock-in, avec des solutions permettant une abstraction des couches métiers, où l'on réfléchi par la fonctionnalité et non par le service fourni par un SaaS.
Il nous faut penser comme des stratèges, pas comme de simples intégrateurs. La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Progressivement. Collectivement.
Et surtout, dès maintenant.